Salubrité publique, participation citoyenne, réorganisation des marchés, mobilité urbaine et sécurité alimentaire : depuis sa prise de fonctions en juin 2021, le commissaire divisionnaire adjoint François Kabeya Makosa a engagé plusieurs initiatives visant à améliorer la gestion quotidienne de la ville de Goma, dans un contexte sécuritaire et institutionnel particulièrement difficile.
Lorsque le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, décrète l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, le 30 avril 2021, la gestion des entités territoriales entre dans une nouvelle configuration.
La mesure entre officiellement en vigueur le 6 mai de la même année et prévoit notamment le remplacement des autorités civiles par des responsables issus des forces de défense et de sécurité.
Le 25 mai 2021, le chef de l’État nomme le commissaire supérieur principal François Kabeya Makosa au poste de maire de la ville de Goma, en remplacement de Timothée Mwisa Kense.
Il prend officiellement ses fonctions le 16 juin 2021, avec la responsabilité de conduire l’administration urbaine dans une période marquée par l’insécurité, les difficultés économiques et les défis de gestion des services publics.
À son arrivée, le procès-verbal de remise et reprise fait état d’une situation financière préoccupante à la mairie, notamment des dettes envers les banques et les tiers ainsi que des arriérés de salaires du personnel remontant à plusieurs années.
À ces difficultés administratives s’ajoute la recrudescence de la criminalité dans certains quartiers. Un environnement qui impose à la nouvelle équipe municipale de s’attaquer simultanément aux questions de gouvernance, de sécurité et d’assainissement.
La salubrité publique, une priorité dès les premiers joursL’une des premières initiatives visibles du nouveau maire concerne la lutte contre l’insalubrité. Quelques jours seulement après son installation, François Kabeya Makosa relance les travaux communautaires, communément appelés « Salongo », en collaboration avec Caritas Développement Goma, dans le cadre du Projet de Développement Urbain financé par la Banque mondiale.
Le 19 juin 2021, il lance officiellement une campagne d’assainissement obligatoire chaque samedi, de 6 heures à 10 heures. Pendant ces travaux, les boutiques, magasins et marchés sont appelés à rester fermés afin de permettre à la population de participer aux opérations de nettoyage.
Sous son impulsion, plusieurs axes routiers sont assainis et des poubelles de marchés publics, notamment à Kahembe, Olive Lembe, anciennement Alanine, et Nyabushongo, font l’objet d’un entretien par les équipes mobilisées.Cette initiative traduit une volonté de faire de la propreté une responsabilité partagée entre les autorités municipales, les opérateurs économiques et les habitants, dans une ville dont l’attractivité touristique dépend également de la qualité de son environnement.
Une gouvernance qui ouvre la porte à la participation citoyenne
Au-delà des opérations d’assainissement, François Kabeya Makosa entreprend également de renforcer les mécanismes de dialogue entre l’administration et les habitants.
Le 10 juillet 2021, il institue, par arrêté urbain, le Cadre de Concertation et de Participation Citoyenne (CCPC). Cette structure rassemble 77 membres répartis dans les 18 quartiers de la ville, les deux communes ainsi que la mairie.
L’objectif est de créer une interface entre la population et les autorités locales, afin de faciliter la remontée des préoccupations communautaires, d’identifier les besoins humanitaires et d’encourager l’engagement citoyen.
Les membres de cette structure sont notamment appelés à accompagner la mairie dans la mobilisation des recettes, le suivi des travaux communautaires et l’évaluation des initiatives de gouvernance urbaine.
Cette démarche constitue l’un des éléments importants de son action municipale : associer davantage les structures de proximité à la gestion des affaires de la ville et ne pas limiter l’administration à une relation verticale avec les administrés.
La réorganisation des marchés et la lutte contre l’occupation anarchique
L’organisation des espaces commerciaux figure également parmi les préoccupations de son administration.
En août 2021, le maire affecte les travaux du Salongo au marché Kahembe, dans le quartier portant le même nom.
L’objectif est de nettoyer et de préparer les étalages afin d’accueillir les vendeurs qui exerçaient notamment autour de la mosquée, du rond-point Rutshuru et de la Petite Barrière, dans des espaces considérés comme des marchés pirates.
François Kabeya Makosa effectue personnellement une descente sur le site pour suivre les opérations de nettoyage et de désinfection et échanger avec les commerçants concernés.
Cette démarche vise à favoriser une meilleure organisation de l’activité commerciale, à libérer certains espaces publics et à améliorer les conditions d’exercice du petit commerce.Au marché central de Virunga, il intervient également sur les problèmes d’insalubrité auxquels sont confrontés les vendeurs externes de friperie.
En mars 2022, après avoir rencontré les commerçants, il engage la réhabilitation des latrines publiques et prend des dispositions pour l’évacuation régulière des déchets.
Les travaux comprennent notamment la remise en état des installations sanitaires et le remblayage de la zone de vente envahie par les eaux stagnantes et les immondices.
Un dispositif prévoit également le dépôt des déchets chaque mercredi matin en vue de leur évacuation.Cette intervention répond à une préoccupation concrète des commerçants, dont les activités étaient affectées par les mauvaises conditions d’hygiène.
Mobilité urbaine et identification des conducteurs de motosSur le plan sécuritaire, le maire s’intéresse particulièrement au secteur du transport urbain, notamment aux taxis-motos, dont l’identification est considérée comme un enjeu de contrôle de la circulation et de prévention de l’insécurité.
En septembre 2021, face à une série de meurtres et de vols visant notamment les conducteurs de motos, il décide d’interdire la circulation des taxis-motos après 19 heures.
En janvier 2022, il annonce également une opération d’enregistrement des motos, avec l’objectif de constituer un fichier d’identification des conducteurs et de leur imposer le port de gilets. Une mesure destinée, selon ses explications rapportées par Radio Okapi, à réduire la confusion et à faciliter le contrôle des engins circulant dans la ville.
Il tente parallèlement d’uniformiser la couleur des taxis et taxis-bus en jaune. Cette dernière mesure suscite cependant une contestation des transporteurs et provoque une interruption du trafic.
Le maire décide alors de suspendre temporairement son application et d’annoncer une concertation avec les parties concernées.
Cet épisode illustre également les difficultés rencontrées par l’administration municipale lorsqu’elle cherche à introduire de nouvelles règles dans un secteur économique essentiel à la population.
Des initiatives d’aménagement et de protection de la population
Les efforts de l’administration Kabeya Makosa sont également évoqués dans le domaine des infrastructures urbaines.Lors d’une rencontre avec le maire, en août 2022, les représentantes de la plateforme féminine « Sauti ya Mama Mkongomani » saluent notamment la réhabilitation de la mairie ainsi que celle de la route menant à la Petite Barrière, parmi les initiatives de développement observées dans la ville.
Dans le domaine de la protection des consommateurs, François Kabeya Makosa intervient également sur la question de la sécurité alimentaire.
Le 5 mai 2023, à l’issue d’une ronde de contrôle effectuée par les services compétents, il ordonne la fermeture de l’alimentation Kivu Market SARL pour commercialisation de produits avariés.
Environ 30 kilogrammes de saucisson et 70 kilogrammes de viande en état de putréfaction sont saisis.
Les produits ne disposaient pas des garanties sanitaires requises, selon les constatations rapportées par l’Agence congolaise de presse.
Cette intervention illustre l’importance accordée au contrôle de l’hygiène commerciale et à la protection de la santé des consommateurs.
La sécurité, un défi qui demeure au centre des préoccupations
Malgré les initiatives engagées, la situation sécuritaire continue de constituer l’un des principaux défis de l’administration urbaine.
En août 2022, lors d’un échange avec le maire, des représentantes de la société civile féminine alertent encore sur la présence de motards non identifiés, les tracasseries attribuées à certains patrouilleurs et la persistance du phénomène des « 40 voleurs ».
En mars 2023, face à la recrudescence de la criminalité et des meurtres, François Kabeya Makosa rencontre les cadres de base, les mouvements citoyens et plusieurs structures de la société civile.
Il appelle notamment les jeunes des mouvements citoyens à intégrer massivement la Police nationale congolaise afin de contribuer à la lutte contre l’insécurité.
Ces éléments montrent que les efforts municipaux en matière de contrôle et de prévention n’ont pas suffi à résoudre durablement le problème sécuritaire, qui dépasse les seules compétences de la mairie et implique également les autorités provinciales et les services de défense et de sécurité.
Un passage marqué par la proximité et la gestion des problèmes quotidiensAu regard des initiatives documentées, l’action de François Kabeya Makosa à la tête de la mairie de Goma se distingue particulièrement par les interventions dans les domaines de la salubrité publique, de l’organisation des espaces commerciaux, de la participation citoyenne et du contrôle de l’hygiène alimentaire.
De la relance du Salongo à la création des cadres de concertation citoyenne, en passant par les interventions aux marchés Kahembe et Virunga, plusieurs de ses initiatives ont porté sur des préoccupations directement ressenties par les habitants.
Si l’absence d’une évaluation indépendante et chiffrée ne permet pas de mesurer précisément l’impact durable de toutes ces mesures, les réalisations et décisions rapportées par plusieurs médias constituent des éléments concrets pour comprendre son passage à la tête de l’administration urbaine.
Dans une ville confrontée à des défis sécuritaires, économiques et sociaux considérables sous l’état de siège, son action municipale laisse ainsi des traces dans plusieurs secteurs de la vie quotidienne, avec une attention particulière portée à l’assainissement, à l’encadrement des activités commerciales et à l’implication des communautés dans la gestion de leur environnement.
Rédaction





