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Goma, capitale de l’état de siège, capitale de l’insécurité

La ville de Goma, autrefois considérée comme le poumon économique de l’Est de la République Démocratique du Congo, est aujourd’hui plongée dans une insécurité grandissante. Sous l’état de siège depuis plus de deux ans, cette mesure censée rétablir la paix et l’ordre a échoué à protéger les citoyens, laissant la ville dans une spirale de violence et de criminalité urbaine.

Pourquoi l’insécurité grandit-elle à Goma ?

L’une des principales causes de cette insécurité est la prolifération des armes en circulation. Des armes qui se retrouvent entre les mains de faux militaires, souvent appelés Wazalendo, qui ne bénéficient d’aucune formation adéquate en matière d’utilisation des armes ni de respect des droits humains. Ces individus patrouillent la ville sans être contrôlés par une hiérarchie digne de ce nom, augmentant ainsi le sentiment d’anarchie.

Les quartiers de Goma sont devenus des cibles régulières de ces bandits armés, comme en témoigne Henry Sidafe, un habitant du quartier Katoyi :
« Chez nous, on ne peut jamais dormir sur nos deux oreilles. Chaque nuit, nous attendons les crépitements de balles. Les bandits armés visitent nos maisons, tuent et partent avec nos biens. Pourtant, nous vivons dans une ville remplie de généraux, avec même un gouverneur militaire. Mais nous ne sommes pas en sécurité. Dormir et se réveiller à Goma, c’est par la Grâce de Dieu. Dans certains quartiers, nous passons des nuits blanches à veiller, car les vols à main armée sont devenus une routine. Nos enfants sont traumatisés. Quand il n’y a pas de tirs, ils me demandent même pourquoi. »

L’illusion des arrestations

Malgré les multiples présentations de criminels supposés capturés par les forces de l’ordre, la population reste sceptique. « Ces individus montrés à la presse sont-ils vraiment les véritables coupables ? » se demandent beaucoup d’habitants. Ce sentiment d’impuissance face à la criminalité est renforcé par les faux Wazalendo qui continuent de semer la terreur, et ce, même en plein jour, allant jusqu’à commettre des cambriolages et des agressions dans des boutiques, comme si la loi n’avait plus de place.

Un bilan sécuritaire désastreux

Les Nations Unies, via leur bureau conjoint, ont récemment publié un rapport alarmant sur la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Ce bilan souligne l’incapacité du gouvernement militaire à mettre en place des plans de sécurisation efficaces, aggravant ainsi la situation. Face à cette insécurité croissante, la population de Goma a pris les choses en main, en recourant de plus en plus à la justice populaire. Les scènes de lynchage et de brûlure des voleurs capturés par la population sont devenues monnaie courante, témoignant de la perte de confiance en l’appareil judiciaire.

La ville de Goma, abandonnée ?

La population de Goma s’interroge : comment mettre en place un véritable plan de sécurisation dans une ville où les criminels sont plus nombreux que les forces de l’ordre fiables ? Le cas des faux Wazalendo récemment arrêtés, qui ont avoué avoir tué le directeur de Radio Maria pour seulement cinq dollars, illustre l’ampleur de cette tragédie. Alors que la peur règne, les habitants attendent des actions concrètes du gouvernement pour rétablir un semblant de paix dans cette ville devenue la capitale de l’insécurité.

Jean Aimé Kikandi

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