
À quelques heures de la signature de l’Accord de Washington entre les Chefs d’État de la RDC et du Rwanda, censé ouvrir une nouvelle ère de détente dans la région, le climat sécuritaire dans les Kivu se détériore dangereusement. Sur le terrain, les populations civiles continuent de payer le prix le plus lourd, prises au piège d’un conflit qui s’enlise malgré les promesses diplomatiques.
Au Sud-Kivu, les localités de Kaziba, Katogota et Kamanyola ont été le théâtre d’affrontements violents au cours des derniers jours. Les témoignages recueillis sur place évoquent des scènes de terreur bombardements, raids armés, villages abandonnés, familles déchirées. La société civile de Kaziba rapporte qu’au 2 décembre, plus de 20 civils, parmi lesquels des femmes et des enfants, ont été tués lors d’attaques attribuées aux forces en présence, chacune rejetant la responsabilité sur l’autre.
Parmi les familles endeuillées, celle de Nkungu, chef du village Ntumulo, symbolise le drame il a perdu quatre enfants dans cette tragédie. Un deuil qui résonne comme un cri d’alarme dans une région déjà profondément meurtrie.
Face à cette escalade, le Prix Nobel de la paix et figure politique congolaise, Denis Mukwege, a vivement réagi. Dans une déclaration ferme, il dénonce l’indifférence internationale et appelle à une mobilisation urgente :
« Il n’y aura pas de paix sans justice. Une enquête indépendante s’impose pour traduire les responsables en justice et prévenir la répétition de ces atrocités commises sur les civils. »
Alors que les projecteurs sont braqués sur Washington et sur les promesses de paix à venir, les populations du Kivu rappellent, une fois de plus, que la paix ne peut être signée sur du papier tant que le sang continue de couler sur le terrain. La signature d’un accord n’aura de sens que si elle s’accompagne d’une volonté réelle de mettre fin aux violences, de protéger les civils et de rendre justice aux victimes.
Pour l’heure, la région demeure suspendue entre espoir et douleur, entre diplomatie et tragédie, entre promesses officielles et la dure réalité vécue au quotidien par des millions de Congolais.
Jean Aimé Kikandi



