
Un rapport de monitoring publié ce lundi 15 décembre par l’organisation Dignité Humaine Organisation (DHOrg) dresse un tableau alarmant des violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre le 2 et le 10 décembre 2025 dans plusieurs zones du Sud-Kivu, notamment sur l’axe Kamanyola–Luvungi–Luberizi–Sange–Uvira, ainsi qu’à Murhesa, dans les territoires de Walungu, Kabare et Uvira.
Selon cette organisation africaine indépendante de défense des droits humains, créée en 2018, ces violations sont survenues dans un contexte de combats d’une intensité exceptionnelle, impliquant les FARDC, les Forces nationales de défense du Burundi (FNDB), des groupes armés Wazalendo et le mouvement AFC/M23.
Le rapport indique qu’entre le 2 et le 4 décembre 2025, de violents affrontements ont éclaté sur les axes Katogota–Luvungi, Kaziba–Hauts Plateaux et Kamanyola. L’utilisation d’armes explosives et d’armes légères à proximité immédiate des habitations civiles a causé la mort d’au moins 31 personnes et fait 28 blessés, parmi lesquels des femmes et des enfants. Plusieurs maisons ont également été détruites.
DHOrg affirme que certains bombardements provenaient du territoire burundais, tandis que d’autres visaient des positions occupées par les milices Wazalendo, exposant directement les populations civiles aux effets des hostilités.
Une école prise pour cible à Kabare
Le 4 décembre, une attaque attribuée aux miliciens Wazalendo a visé l’école primaire Murhesa, dans la localité de Mudaka, territoire de Kabare. Selon le monitoring effectué sur place par DHOrg, trois élèves ont été grièvement blessés par balles perdues, et un jeune homme d’une trentaine d’années a été tué. L’organisation dénonce une violation flagrante du droit à l’éducation et des règles protégeant les infrastructures civiles.
Exécutions, enlèvements et violences sexuelles
Entre le 5 et le 7 décembre, les combats se sont étendus à Luvungi, Lubarika, Mutarule et Lemera. Le rapport fait état d’au moins 74 civils tués et 83 blessés supplémentaires.
Un fait particulièrement grave est rapporté : environ 86 civils revenant du marché auraient été interceptés par des éléments des FNDB, des FARDC et des Wazalendo. Ces personnes auraient été emmenées de force vers un lieu inconnu, soumises à des actes de torture, tandis que plusieurs femmes auraient été violées. DHOrg indique que 46 de ces civils ont été tués, hommes et femmes confondus.
Bombardements à Sange et mort d’un journaliste à Uvira
Du 8 au 10 décembre, des affrontements violents ont été signalés à Sange. Selon des témoignages recueillis par l’organisation, les FARDC et leurs alliés, en phase de repli, auraient procédé à des bombardements touchant des zones habitées. Ces attaques auraient causé la mort d’au moins 38 civils et fait plus de 89 blessés, dont de nombreux enfants et femmes.
Autour de la ville d’Uvira, les combats ont également entraîné des pertes civiles. DHOrg rapporte au moins 9 morts, parmi lesquels Janvier Lwesho, journaliste à la radio communautaire KILIBA FM, aggravant davantage une situation humanitaire déjà critique.
Un bilan humain et humanitaire dramatique
Sur base des informations vérifiées, Dignité Humaine Organisation établit un bilan provisoire lourd : 199 civils tués, dont des femmes et des enfants ;203 blessés ; Entre 200 000 et 500 000 personnes déplacées ; Plus de 391 000 élèves privés d’accès à l’éducation, en raison de la destruction, des attaques ou de l’occupation militaire des écoles.
Le rapport signale également la présence d’hommes armés à proximité d’au moins 36 écoles, exposant élèves et enseignants à des risques permanents.
Des crimes susceptibles de poursuites internationales
DHOrg estime que les faits documentés sont susceptibles de constituer des violations graves des Conventions de Genève de 1949, des crimes de guerre (article 8 du Statut de Rome) et, pour certains actes, des crimes contre l’humanité (article 7), notamment en raison des homicides intentionnels, des persécutions ciblées et des exécutions sommaires de civils, en particulier au sein de la communauté Banyamulenge.
Face à la gravité et au caractère systématique des violations, Dignité Humaine Organisation appelle notamment : au respect strict du droit international humanitaire par toutes les parties au conflit ; à la libération immédiate des personnes détenues arbitrairement ;à la démilitarisation des écoles et des structures sanitaires ; à l’ouverture d’enquêtes indépendantes, impartiales et crédibles afin d’établir les responsabilités.
Dans un contexte de fin d’année marqué par l’insécurité et les déplacements massifs, ce rapport met une nouvelle fois en lumière le lourd tribut payé par les civils du Sud-Kivu, pris au piège d’un conflit qui continue de s’intensifier dans une quasi-impunité.
Rédaction


