
La gestion de l’exploitation minière artisanale au Lualaba est au cœur d’une vive controverse. Un échange de courriers au ton particulièrement tendu oppose le gouvernorat provincial au Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière à petite échelle (Saemape), sur fond d’accusations graves de dérives, de collusion avec l’exploitation illégale et de détournement de recettes publiques.
Dans une lettre adressée à la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, à la mi-janvier, le directeur général du Saemape, Jean-Paul Kapongo Kadiobo, dénonce ce qu’il qualifie de « dérives graves » dans la gouvernance provinciale du secteur minier artisanal. Cette correspondance intervient en réaction à une missive du 8 janvier, dans laquelle la gouverneure reprochait à l’antenne provinciale du Saemape plusieurs « manquements graves », assortis d’un avertissement formel.
La cheffe de l’exécutif provincial accusait notamment le Saemape de déplacements non autorisés hors province, d’émission d’ordres de mission sans aval du gouvernorat, de déploiement d’agents sur le terrain sans notification préalable, ainsi que de la délivrance et de la monétisation d’avis techniques sur des concessions minières sans l’accord des titulaires des droits miniers.
Dans sa réponse, Jean-Paul Kapongo Kadiobo rejette catégoriquement ces accusations. Il rappelle que le Saemape est un service public placé sous l’autorité directe du ministre national des Mines, Louis Watum, et bénéficie d’une autonomie administrative et financière, excluant toute subordination hiérarchique aux autorités provinciales.
S’agissant des avis techniques, le directeur général explique qu’ils s’inscrivent dans la mission légale du Saemape, visant à identifier, encadrer et sécuriser les exploitants artisanaux, y compris en dehors des zones officiellement dédiées, afin de faciliter leur délocalisation progressive. Il invoque également des impératifs de sécurité publique, rappelant les nombreux accidents mortels survenus ces dernières années sur des sites non encadrés.
Mais le ton monte davantage lorsque le Saemape accuse directement le gouvernorat du Lualaba de collusion avec l’exploitation minière artisanale illégale. Jean-Paul Kapongo Kadiobo dénonce l’installation « irrégulière et illégale » de coopératives non conformes sur des sites couverts par des titres miniers industriels, avec l’appui présumé d’éléments armés.
Ces accusations font écho à des dénonciations récurrentes sur la présence de militaires sur des sites miniers artisanaux dans le Lualaba et le Haut-Katanga. Un rapport interne du groupe minier Eurasian Resources Group (ERG), révélé par Africa Intelligence en octobre 2025, évoquait déjà l’implication présumée d’officiers des FARDC, d’opérateurs chinois et libanais, ainsi que de certaines autorités provinciales dans l’exploitation illégale des minerais.
Mise en cause à l’époque, la gouverneure Fifi Masuka Saini avait assuré s’être « totalement détachée » de la gestion de la coopérative Comibakat, dont elle est propriétaire, et avoir toujours soutenu la formalisation du secteur minier artisanal.
Le différend entre les deux parties prend également une dimension financière. Selon le Saemape, le gouvernorat ne respecterait pas la clé légale de répartition des recettes issues des services rendus dans le secteur minier artisanal. La réglementation prévoit une répartition de 60 % en faveur du Saemape et 40 % pour la province. Or, la totalité des fonds serait captée par le gouvernorat, générant un manque à gagner estimé à plus de 8 millions de dollars pour le service national.
Alors que l’exploitation minière artisanale constitue un pilier économique majeur du Lualaba, ce bras de fer institutionnel met en lumière de profondes failles dans la gouvernance du secteur, entre rivalités de compétences, enjeux financiers colossaux et préoccupations sécuritaires. Une crise qui pose, une fois de plus, la question de la transparence et de l’autorité de l’État dans la gestion des ressources minières en République démocratique du Congo.
Ruth Habi



