
La République démocratique du Congo fait face à l’une des plus graves épidémies de choléra de la dernière décennie. En seulement neuf mois, le ministère de la Santé a recensé plus de 58 000 cas et 1 700 décès, portant le taux de létalité à plus de 3 %.
Cette flambée sans précédent met en lumière la fragilité du système sanitaire congolais et appelle à une réaction rapide et coordonnée. Le choléra s’est désormais propagé dans 20 des 26 provinces du pays, atteignant même des zones jusque-là épargnées. Les causes de cette recrudescence sont multiples : inondations récurrentes, déplacements massifs de populations, conditions d’hygiène précaires, manque d’accès à l’eau potable et insuffisance des infrastructures d’assainissement.
Avec l’arrivée de la saison des pluies, les experts redoutent une aggravation de la situation, notamment dans les zones urbaines densément peuplées comme Kinshasa, ou dans les régions rurales où vivent de nombreux déplacés.
Le dispositif de riposte reste entravé par plusieurs facteurs : financement insuffisant, coordination fragile entre les acteurs humanitaires, pénurie de personnel médical et manque de matériel et de vaccins.
Ces carences freinent considérablement la détection rapide des cas et la mise en œuvre d’une réponse efficace et durable.
L’action renforcée de Médecins Sans Frontières
Depuis janvier 2025, Médecins Sans Frontières (MSF) a multiplié ses interventions pour soutenir les autorités sanitaires. Les équipes ont mené 16 opérations d’urgence dans plusieurs provinces, notamment au Nord-Kivu, à Fizi (Sud-Kivu) et à Kongakonga (Tshopo).
Grâce à ces efforts, plus de 35 800 patients ont été soignés et 22 000 personnes vaccinées contre la maladie.
« À ce stade critique, seule une mobilisation générale permettra de freiner l’expansion alarmante des foyers épidémiques », alerte le Dr Jean Gilbert Ndong, coordinateur médical de MSF en RDC.
MSF soutient également le ministère de la Santé dans la prise en charge médicale, la formation d’agents de santé communautaires, la mise en place de points de chloration et le renforcement de l’approvisionnement en eau et des infrastructures d’assainissement.
Des défis sécuritaires et logistiques persistants
Malgré ces efforts, les équipes font face à des obstacles majeurs.
« L’insécurité persistante, marquée par les affrontements entre groupes armés le long des axes principaux, entrave les déplacements et retarde la livraison de l’aide », déplore Ton Berg, cheffe des programmes de MSF au Sud-Kivu.
Les conditions logistiques compliquent encore l’accès aux patients, forçant les équipes à emprunter de longs détours pour éviter les zones à risque.
Un appel à l’action collective
Pour de nombreuses communautés, l’accès aux soins demeure un parcours du combattant : routes dangereuses, manque de transport, structures de santé sous-équipées et absence de médicaments essentiels.
Face à cette réalité, MSF exhorte à une action coordonnée et urgente afin d’assurer l’accès rapide aux soins, la distribution de vaccins et un investissement durable dans l’eau et l’assainissement.
« Sans un engagement fort des autorités et des partenaires internationaux, le choléra continuera de ravager les communautés les plus vulnérables », conclut Ton Berg.
Jean Aimé Kikandi



